Une victoire sans blanc-seing

Emmanuel Macron a été élu dimanche soir avec plus de 66% des voix

face à Marine Le Pen. Il convient d’abord d’adresser des félicitations républicaines au nouveau Président de la République, le plus jeune président élu de notre histoire.

 

C’est la conclusion d’un incroyable alignement de planète pour un jeune homme qui, il y a seulement trois ans, n’avait encore aucune

existence politique.

L’ampleur de la victoire ne doit pas masquer la réalité des chiffres : en additionnant les abstentions, les votes blancs et les voix qui se sont portées sur la candidate du Front national, plus d’un électeur sur deux n’a pas voté pour le nouveau Président de la République, lequel n’avait au premier tour réuni moins du quart des voix des électeurs inscrits.

 

Cette victoire est tout sauf un blanc-seing comme il l’a lui-même reconnu, qui n’a pas fait taire la sourde colère qui monte de chez une grande partie des Français, artisans, paysans, ouvriers, classes moyennes victimes de la mondialisation.

 

Emmanuel Macron doit faire face à deux enjeux majeurs :

 

D’abord de répondre à ce sentiment de déclassement, voire d’abandon, d’une partie croissante des Français.

Pour ceux dont les fins de mois ne sont plus difficiles mais impossibles, pour ceux qui sont en train de mourir en silence, étouffant sous les charges et les traites, pour ceux qui n’ont plus aucun espoir de retrouver un travail, il ne suffira pas de proposer des solutions homéopathiques sur fond d’hymne européen et des mesures consensuelles pour répondre à la colère d’une majorité des Français.

 

Ensuite de protéger les Français contre la violence d’un monde brutal et sans pitié.

La lutte contre le terrorisme islamiste, dont les racines plongent au cœur de nos cités, ne pourra pas se contenter de belles paroles et de compassion ; il faudra que le nouveau chef de l’état trouve des solutions nouvelles pour éradiquer l’ennemi de l’intérieur et de l’extérieur. Dans le grand concert mondial, entre Trump et Poutine, le Président français devra s’affirmer pour défendre les intérêts et la place dans le monde, comme il devra imposer un changement d’une Union Européenne à bout de souffle.

 

On ne peut que souhaiter la réussite du nouveau président, tout en restant inquiet devant son inexpérience et l’ambiguïté de son programme. Tous les pays qui ont réussi à sortir de la crise, du Canada à l’Allemagne, ont adopté des solutions fortes, parfois radicales.

Emmanuel Macron sait qu’il n’aura pas d’état de grâce, que la voie de passage entre la droite et la gauche est étroite et qu’il marche

sur un fil.

 

Après les cinq années lamentables d’un quinquennat Hollande dont il a été un des instigateurs et un des acteurs – ce qu’il a réussi à faire oublier – il n’a pas droit à l’erreur et le moindre faux-pas sera scruté et exploité, au risque de faire descendre les Français dans la rue.

 

Nous avons tous conscience que si ces cinq prochaines années se traduisaient par le même échec, rien ne pourrait arrêter la colère du peuple.