Brexit : un nouveau fossé qui se creuse entre les élites et le peuple

Les Britanniques ont tranché : le 23 juin, avec près de 52% des voix, ils ont choisi de quitter l’Union Européenne.

 

Sidération au sein de nos élites, mais pourtant rien de surprenant quand on connait l’histoire politique du Royaume-Uni et quand on a compris qu’il suffit de poser une question au peuple sur l’Europe pour se voir retourner une fin de non-recevoir, comme ce fut le cas en France en 2005 avec le référendum sur la constitution européenne.

 

A ce propos, gageons que les dirigeants britanniques auront à cœur de respecter le résultat du référendum et la parole du peuple souverain, ce qui ne fut pas vraiment notre cas après 2005 et le traité de Lisbonne et j’en prends toute ma part de responsabilité pour l’époque.

 

Quoi qu’il en soit, on peut aisément imaginer que le peuple britannique n’a pas voté pour sortir de l’Europe, mais d’abord pour dire « On ne veut pas de cette Europe-là » : une Europe-passoire dont les frontières sont ouvertes indifféremment aux réfugiés, aux migrants et aux terroristes de Daesh ; une Europe technocratique multipliant les normes tatillonnes et les contraintes absurdes ; une Europe impuissante à prendre une position politique commune et à régler les conflits qui la traversent ; une Europe sans âme, diluée dans un élargissement irraisonné et mortifère, surtout quand l’administration bruxelloise travaille en sous-main pour y intégrer la Turquie contre la volonté des peuples souverains.

 

Et je suis prêt à prendre le pari que si le même référendum était proposé au peuple français, le résultat serait exactement le même qu’en Grande-Bretagne, avec un « non » peut-être encore plus fort.

Et il serait le même dans la plupart des membres historiques de l’Union Européenne, dont les populations partagent la même analyse et le même regard négatif sur l’Europe telle qu’elle est devenue.

 

« L’Angleterre est une île, personne n’en revient » avait dit le Général de Gaulle au Conseil des ministres du 23 janvier 1963, en opposant farouche qu’il était à l’entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché commun. Depuis, l’eau a coulé sous les ponts, ou plutôt dans la Manche que l’on a équipée d’un magnifique tunnel, et les Britanniques sont entrés dans l’Europe… et en sont revenus !

   

Plutôt que de se lamenter sur l’inconséquence du peuple britannique, nos dirigeants feraient mieux de réfléchir sur le fossé qui se creuse, non pas entre les Anglais et nous, mais entre le peuple et les élites. Car les chiffres démontrent que le « oui » est celui de ceux qui ont tiré bénéfice de la nouvelle donne économico politique et que le « non » est celui des exclus, des sans-grades, des victimes d’un système de plus en plus injuste et inhumain.

    

Et l’annonce au même moment du recrutement de l’ancien président de la commission européenne Manuel Barroso par la banque d’affaire Goldman Sachs – notamment responsable de la crise des subprimes et de la faillite grecque – est un signal de plus démontrant la collusion entre la haute administration européenne et la finance

internationale.

 

S’il fallait une preuve pour nourrir les diatribes du Front national, celle-ci est toute trouvée et elle viendra renforcer le camp de ceux qui ne veulent plus de cette Europe-là.

  

Quand sonnera l’heure de l’Alternance, au printemps 2017, il faudra s’en souvenir, le candidat qui portera les couleurs de la droite et du centre aura le devoir de proposer, non pas de sortir de l’Europe, mais d’engager une réforme en profondeur pour que l’Union européenne redevienne ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : un espace de paix et de prospérité.