Réforme territoriale : un petit maquignonnage entre amis ?

Après avoir politiquement et grossièrement « bricolé » le redécoupage cantonal l'an passé dans l'espoir d'atténuer la défaite qui les attend au prochain renouvellement des Conseils Généraux, les socialistes s'attaquent aujourd'hui aux Régions.

 

Sans doute dans l'espoir de rebondir et de faire oublier les échecs de son camp aux municipales et européennes, c'est le Président de la République en personne qui présente une réforme territoriale et un remodelage de la carte des régions établis sans... concertation et avec précipitation (au point de laisser passer une énorme faute d'orthographe sur la carte des Régions établie par l'Elysée...voir photo 2).

 

La réforme annoncée le 2 juin avec 14 régions métropolitaines au lieu de 22 a déjà du « plomb dans l'aile » depuis que le Premier Ministre a indiqué qu'elle va « forcément évoluer à partir du moment où elle sera débattue, d'abord au Sénat puis à l'Assemblée nationale ».

 

Alors, demain : 13 ? 12 ? Régions... difficile de se prononcer tant le Gouvernement est soumis aux pressions des diverses mouvances de sa majorité et aux influences des « baronnies » territoriales, comme le reconnaît un proche du chef de l'État ou encore le président de la région Languedoc-Roussillon, Christian Bourquin (DVG), qui dénonce pour sa part une « carte de la France des copains ».

Cela commence mal.

 

Si des fusions étaient évidentes (les deux Normandie, l'Alsace avec la Lorraine,...), si des maintiens en l'état s'imposaient (Île-de-France, Corse, PACA,..), d'autres sont à l'évidence incohérentes et ne prennent pas en compte les bassins de vie, la population, les capitales régionales.

 

Ainsi, quoi de commun entre la baie de Somme et le plateau de Langres (Picardie-Champagne) ?, la fusion Centre/Poitou-Charentes/Limousin qualifiée de « tout simplement ridicule » par le président du Conseil général de Charente maritime qui rappelle les liens de sa Région avec l'Aquitaine.

 

Quand à la Bretagne sans la Loire-Atlantique... quel rendez-vous manqué ! L'ex-premier ministre Jean-Marc Ayrault a lui même fait part de ses interrogations. Il plaidait pour une région Bretagne-Loire.

Le président de la République a tranché : la Bretagne restera seule par «peur des bonnets rouges" et de... Ségolène Royal qui soutenait, elle, une fusion de la région Poitou-Charentes avec les Pays de la Loire ?

Synthèse hollandaise oblige, les Pays de la Loire rejoindront le Centre et le Limousin et la Bretagne restera seule, mais sans le Duché d'Anne de Bretagne !

 

Bref, une impression de cafouillage pour une réforme attendue par nos compatriote afin de réduire le « mille feuilles administratif » et avec beaucoup de questions qui restent aujourd'hui sans réponses concernant :

 les Conseils Généraux qui devraient disparaître «progressivement » pour être supprimés en 2020, laissant « une large initiative » aux élus pour assurer cette transition. Mais Le Président de la République ne dit pas quand sera amorcée la nécessaire révision constitutionnelle.

 

la répartition des compétences avec des régions et des intercommunalités « renforcées » qui absorberont « une large part » des compétences des conseils généraux. La commune doit rester « une petite République dans la grande ». L'intercommunalité deviendra « la structure de proximité et d'efficacité de l'action locale ». Mais la répartition des compétences entre ces échelons devra être précisée.

 

la région, quant à elle, sera la seule collectivité compétente pour soutenir les entreprises et porter les politiques de formation, d'emploi et de transport. Elle devra gérer les lycées et les collèges et prendra en charge l'aménagement et les grandes infrastructures.

 

les départements resteront une « circonscription de référence » pour l'État, autour des préfets et de l'administration déconcentrée. Leur mission sera de garantir le respect de la loi et de protéger les citoyens en leur permettant d'avoir accès aux services publics « où qu'ils se trouvent ».

 

pour les les moyens, François Hollande se contente de dire que les régions disposeront de moyens financiers «propres et dynamiques», sans donner plus de précisions.....

 

Dans ce contexte, les parlementaires vont avoir beaucoup de travail user de beaucoup de bon sens pour remettre d'aplomb un projet de loi aussi mal engagé...

Tellement de précipitation pour "sortir" le redécoupage présidentiel, que "l'Elysée" laisse passer cette faute d'orthographe !

Un gag hollandais de plus...