6 mai 2012 – 6 mai 2014 : Deux ans après, que reste-t-il du président normal ?

François Hollande a prononcé en 2012 une anaphore qui restera célèbre : « Moi président… » Tout juste deux ans après, il a juste gagné le droit d’être le président le plus impopulaire de la Ve République. Et il l’a gagnée en bafouant toutes les règles qu’il avait édictées en briguant l’Elysée. Florilège.

 

« Moi président de la République, je ne serai pas le chef de la majorité, je ne recevrai pas les parlementaires de la majorité à l'Élysée. »

 Six mois plus tard, les députés socialistes étaient reçus à l’Elysée et en avril 2014, c’est le président lui-même qui organise le remplacement d’Harlem Désir à la direction du PS en lui offrant un strapontin à Bruxelles.

 

« Moi président de la République, je ferai fonctionner la justice de manière indépendante. »

L’affaire des écoutes de Nicolas Sarkozy et de son avocat a démontré que non seulement le Gouvernement était informé de l’existence de ces écoutes, mais aussi que ses dénégations maladroites prouvent bien qu’il en connaissait aussi le contenu.

 

« Moi président de la République, je ferai en sorte que mon comportement soit en chaque instant exemplaire. »

Le droit à la protection de la vie privée est sacré, mais la mise en scène plus ou moins volontaire de la vie amoureuse et familiale du président, entre Valérie, Julie et Ségolène, affaiblit la fonction présidentielle, en France comme à l’étranger.

 

« Moi président de la République, il y aura un code de déontologie pour les ministres, qui ne pourraient pas rentrer dans un conflit d'intérêts. »

Après l’affaire Cahuzac, le ministre des finances lui-même, à la pointe du combat contre la fraude fiscale, avouant détenir un compte en Suisse, c’est le propre conseiller du président, Aquillino Morelle, accusé de percevoir des honoraires de laboratoires pharmaceutiques qu’il était supposé contrôler.

 

« Moi président de la République, je ferai un acte de décentralisation, parce que je pense que les collectivités locales ont besoin d'un nouveau souffle, de nouvelles compétences, de nouvelles libertés. »

Après avoir rayé d’un trait de plume la réforme territoriale de Nicolas Sarkozy, le gouvernement a lancé une improbable réforme visant à supprimer les départements et fusionner les régions, sans réflexion sur le partage des compétences ni concertation avec les représentants des territoires.

 

« Moi président de la République, j'engagerai de grands débats, on a évoqué celui de l'énergie, et il est légitime qu'il puisse y avoir sur ces questions-là de grands débats citoyens. »

Le gouvernement a renvoyé la transition énergétique aux calendes grecques et a choisi de passer en force sur la réforme des rythmes scolaires et sur le mariage gay, sans écouter la voix des familles et des millions de personnes descendues dans la rue.

 

C’est un échec sans précédent pour celui qui se réclamait de la « présidence normale » et qui a explosé tous les pics d’impopularité, à plus de 85% pour certains instituts de sondage.

C’est la sanction de l’incompétence aggravée par une incapacité congénitale à fixer un cap et à s’y tenir. Restent des effets de communication (« boite à outils », « pactes de responsabilité et de solidarité »), mais qui n’ont aucun effet en l’absence de coordination entre l’Elysée, Matignon, les ministères, d’où un régime d’improvisation cacophonique.

 

C’est, au-delà des effets de verbe et des mouvements de menton du premier ministre Manuel Valls, une politique faite de laxisme et de mouvements erratiques : la réforme fiscale, l’état de la police et de la gendarmerie, le redressement soi-disant productif, le contrôle des roms et des flux migratoires, tout cela laisse la France dans un état d’exaspération très inquiétant.

 

C’est aussi le désaveu sur le plan international, que ne masquent même pas les opérations militaires au Mali et en Centrafrique dans lesquelles la France est en train de s’enliser.

La crise ukrainienne démontre, contrairement à la crise géorgienne pendant laquelle Nicolas Sarkozy traitait directement avec Poutine, que la voix de l’Europe n’est plus entendue et que c’est madame Merkel est devenue l’interlocutrice privilégiée des Grands.

 

Voilà l’état catastrophique de la présidence Hollande deux ans après et vous avez noté que j’ai par pitié évité d’aborder les sujets qui fâchent : la croissance en berne alors qu’elle repart aux USA et partout en Europe, la courbe du chômage qui ne s’inverse toujours pas, contrairement aux engagements affichés et affirmés, les déficits publics qui restent abyssaux, malgré le racket fiscal orchestré par le gouvernement.

Mais, avec les socialistes, tout cela est normal, n’est-ce pas ?