L’Europe ne doit pas être un bouc émissaire

Les attaques de ces dernières semaines contre José Manuel Barroso, le Président de la Commission européenne, plus ou moins orchestrées par le gouvernement socialiste, m’ont laissé un drôle de goût dans la bouche.

 

Non pas que je défende le personnage ni son bilan, mais je trouve passablement choquant que ceux qui ont contribué à le mettre et à le garder sur le trône, qu’ils soient de gauche ou de droite d’ailleurs, tirent à boulets rouges sur leur créature. Au-delà, je déteste cette logique du bouc émissaire, chère à trop de dirigeants, qui vise à désigner un responsable tout trouvé pour endosser leurs propres échecs.

 

Ce type de discours, s’il perdure d’ici aux élections européennes qui sont prévues pour juin 2014, est une porte ouverte à un vote massif et historique en faveur du Front National. Et quand les Français auront, une nouvelle fois, fait savoir que l’Europe que nous leur construisons n’est pas celle qu’ils attendent, quelles solutions aurons-nous pour sortir de l’impasse, avec le couteau sous la gorge ?

 

Il est temps, il est urgent, de réfléchir aux moyens de réconcilier les Français avec l’Europe. Cette démarche commence d’abord par une nécessaire prise de conscience.

 

Grâce à l’Europe, nous vivons depuis près de 70 ans une période de paix d’une durée jamais vue dans notre histoire. 70 ans sans nous affronter avec les Anglais (sinon sur les terrains de rugby), c’est extraordinaire. 70 ans sans nous entretuer avec les Allemands, après les trois épisodes terribles de 1870, 1914, 1940, c’est exceptionnel et rien que pour cela, nous devons une reconnaissance éternelle à ceux comme Jean Monnet qui ont eu cette idée folle et au général de Gaulle qui l’a mise en œuvre.

 

L’Europe, c’était la garantie de la paix et la voie de la prospérité. La paix, nous l’avons, la prospérité, nous ne la retrouvons plus, mais faut-il pour autant remettre en cause tout ce que l’Europe nous a apporté ? Ne faudrait-il pas plutôt réformer l’Europe de l’intérieur pour la mettre au service des citoyens et en faire une collectivité à produire de la richesse alors qu’elle est surtout aujourd’hui une machine à produire des normes.

 

Pour y arriver, trois étapes sont nécessaires :

 

       1. Stopper l’élargissement de l’Union européenne, qui accroit les inégalités, dilue le pouvoir politique et le laisse entre les mains de la technocratie triomphante.

 

       2. Repenser le modèle démocratique, en réduisant les pouvoirs de la Commission pour le rendre aux politiques, Conseil des ministres et Parlement européen.

 

      3. Donner une réelle transparence à l’action européenne en posant devant les citoyens des questions simples et fondamentales : comment arriver au même niveau de prestations sociales dans tous les pays afin d’éviter des effets de concurrence insupportables ? Comment concilier le principe de libre circulation à travers l’Europe et les besoins de sécurité intérieure, sur la question du terrorisme ou des roms ?

 

Comment garantir le principe de préférence communautaire face aux Etats-Unis ou à la Chine qui utilisent sans aucun scrupule des méthodes de dumping ou de protectionnisme à sens unique ?

 

La construction européenne, c’est à la fois très simple et très compliqué.

 

Très simple parce qu’elle repose sur la poursuite de cette volonté de paix entre les nations de notre continent qui est notre rempart contre la folie des hommes.

 

Très compliqué parce que dans un univers mondialisé, dans un contexte de crise et de rareté des ressources, la tendance au chacun pour soi l’emporte souvent sur la sagesse collective.

 

Et nous avons bien conscience qu’une Europe affaiblie serait une proie facile, à la fois pour les ogres économiques qui guignent notre marché et pour les idéologies extrémistes et fondamentalistes qui veulent s’emparer de nos esprits.

 

Pour résister, l’Europe est notre meilleur rempart, mais une Europe avec plus de démocratie, plus de transparence et plus de convictions.