Agences de notation, quelle légitimité?

      L’histoire se rappellera-t-elle du vendredi 13 janvier 2012 ? Se souviendra-t-elle que cette journée, loin d’être un jour de chance, a été celle où l’agence de notation Standard & Poor’s a dégradé la note de la France, en lui retirant son triple A ?

 

On craignait, dans les jours qui ont suivi, une chute des valeurs boursières, une flambée des taux d’intérêts, une mise au pilori du pays et de son peuple, telle une indignité nationale. A en croire la presse française, prompte à noircir une situation déjà délicate, la fin du monde était proche

Eh bien, point de tout cela ! La Bourse de Paris a accueilli la nouvelle en grimpant de quelques points, la France a trouvé des financements sur le marché à des taux très raisonnables, la vie quotidienne des Français n’a pas été changée.

 

Il faut reconnaitre que, pour l'instant, seule une agence de notation sur trois a retiré le AAA français. Moody's ou Fitch n’ont pas suivi Standard & Poor's ; La première a précisé qu'elle étudiait la possibilité de revoir la perspective attachée à la note, la seconde a pour sa part indiqué qu'elle n'agirait pas en 2012.

Mais qui sont ces agences qui se permettent de distribuer bons et mauvais points aux dirigeants du monde entier ? D’où ces « cow-boys » des agences tirent-ils leur légitimité pour interférer dans la politique économique et financière mondiale ?

Les a-t-on entendus, avant 2008, quand les subprimes et les emprunts toxiques fleurissaient allégrement, en entraînant le système financier international vers la faillite ?

Les a-t-on dégradés ou même sanctionnés pour n’avoir rien vu venir en continuant à délivrer des triple A en veux-tu en voilà ?

J’ai d’ailleurs cosigné une proposition de loi demandant la création d’une commission d’enquête relative aux modalités de fonctionnement de ces agences de notation.

 

En 1966 déjà, le Général de Gaulle affirmait avec force que « la politique de la France ne se fait pas à la corbeille de la Bourse ». Aujourd’hui, il est temps que les Etats souverains cessent de se faire dicter leur conduite par les acteurs de la finance internationale. Nous sommes un état de droit, adulte et responsable, nous savons ce que nous avons à faire et nous le ferons, si les Français nous renouvellent leur confiance.

Le président Sarkozy allait dans ce sens le 16 janvier en relativisant la dégradation de la note de notre dette souveraine par l'agence Standard & Poor's, qui « ne change rien sur le fond des choses ».

Nous sommes face à une crise sans précédent qui nous impose de réduire nos dépenses, de réduire notre déficit mais aussi de trouver le chemin d'une nouvelle croissance en résolvant nos problèmes de compétitivité".

Le constat est lucide, le chemin est tracé, il reste maintenant à convaincre les Français que c’est la seule voie à suivre pour poursuivre le redressement de notre pays.