21/12/10, billet d'humeur: "Celui qui ouvre une porte d'école ferme une prison"

Claude Bodin demande que la représentation nationale soit autorisée à se pencher sur le fonctionnement de l'Education Nationale.


L’O.C.D.E vient de rendre son rapport issu de l'enquête «Pisa» (Programme internationalpour le suivi des acquis des élèves).

 

Alors que la moyenne des 65 pays de l'O.C.D.E tourne autour de 500 points, la France obtient 496 en compréhension de l'écrit, 497 en mathématiques et 498 en sciences pour les élèves de 15 ans.


Plus inquiétant encore, les résultats révèlent une dégradation du classement de la France dans les années 2000, ainsi qu’une aggravation des inégalités : En dix ans, la proportion des élèves les moins performants en compréhension de l'écrit est passée de 15% à 20%, alors que le pourcentage des plus performants a augmenté de 8,5% à 9,6%.

Des performances de plus en plus médiocres, une inégalité croissante, voilà le sombre bilan d’un système éducatif qui mobilise pourtant chaque année 21% du budget de l'État. La même O.C.D.E constate d’ailleurs que la France dépense plus que la moyenne pour l’enseignement secondaire et pour quel résultat !

Un cautère sur une jambe de bois 

Ce constat n’est pas nouveau, mais il n’a pas jusqu’à présent provoqué une remise en question des fondements de notre système éducatif actuel. Pour la gauche, la seule réponse consiste à stigmatiser la baisse du nombre des enseignants à et réclamer des moyens supplémentaires pour l’éducation nationale : un cautère sur une jambe de bois, les chiffres de l’O.C.D.E sont suffisamment éloquents.

Quant au gouvernement, peu désireux de s’engager dans un débat de fond sur l'éducation nationale, il se concentre sur la réforme des rythmes scolaires. Quatre jours par semaine, quatre jours et demi, à chaque ministre de l'éducation sa réforme, la dernière étant remise en cause aujourd'hui par un rapport parlementaire dénonçant la semaine des quatre jours. 

Les ratés de la machine à intégrer 

Mais la question n’est pas là et chacun le sait bien. Le problème réside dans l’absurdité d’un système construit sur les valeurs de Mai 68 et qui produit année après année des inégalités croissantes tout en tirant la moyenne vers le bas. Alors que les enfants fréquentant nos écoles primaires sont de plus en plus nombreux à ne pas pratiquer le Français au sein de leur cellule familiale, cette idéologie a progressivement cassé l’école laïque chère à Jules Ferry, cette remarquable machine à intégrer, du paysan breton à l’immigré sicilien, qui a appris à des millions d’enfants à lire, écrire et compter, sous la férule des « Hussards noirs de la République ». ! On en est loin parce que l’on a par un modernisme aveugle et un égalitarisme à tout crins vidé de son sens ce qui faisait la force de cette école laïque : l’acquisition des connaissances, l’évaluation des élèves, la reconnaissance du travail. 

-Le problème de l’acquisition des connaissances pose la question de la méthode : quand on sait qu’au bas mot 20% des enfants rentrant en 6e ne maîtrisent pas les bases du français et du calcul, cela avec des disparités flagrantes entre les quartiers et les établissements, on a le devoir se s’interroger à la fois sur la méthode pédagogique et sur la formation de celles et ceux qui sont appelés à la mettre en pratique.

-Le problème de l’évaluation des élèves est un véritable serpent de mer de l'éducation nationale depuis mai 68. Il a ressurgi récemment avec l’appel du 17 novembre 2010 de vingt personnalités militant pour la suppression de la notation à l’école primaire. Le ministre de l'éducation nationale a heureusement coupé court à cette initiative incongrue qui va dans le même sens que la scolarité obligatoire jusqu'à 16 ans,la disparition du Certificat d’études primaires (qui sanctionnait un niveau de connaissances à l’entrée du collège) et les menaces qui pèsent régulièrement sur le Brevet. Un pas de plus et le jeune se retrouvera en faculté ans avoir jamais été évalué de façon objective. 

-Cet égalitarisme compulsif, ce nivellement par le bas font peu à peu disparaître ce qui était le ciment de l’école laïque chère aux pères fondateurs de la République : la récompense par le mérite. L’idée d’introduire une « carotte «  financière pour inciter les élèves à bien se comporter en classe, testée l’année dernière dans un collège de Seine-Saint-Denis, a fait bondir plus d’un, tant elle vise à «  substituer au culte pour le bien, le culte de l’intérêt ». - Ferdinand Buisson Dictionnaire pédagogique 1887-

Un débat confisqué 

Une fois de plus, l’actualité entrouvre la porte de ce grand débat qui est confisqué depuis plus de quarante ans par les professionnels de l’éducation, pendant que les Français assistent consternés à la faillite progressive sinon programmée d’un système éducatif qui tourne sur lui-même et creuse le fossé de l’injustice sociale. 

Une fois de plus nous demandons que la représentation nationale soit autorisée à se pencher sur le fonctionnement de ce « monstre » qu’est devenue l’éducation nationale, sur les méthodes comme sur le contenu éducatif qui est proposé à nos enfants. 

Une fois de plus, nous exigeons qu’un vrai débat soit organisé au Parlement et avec les Français sur ce sujet qui est au cœur de leurs préoccupations et se trouve être la clé du redressement ou du déclin du modèle français.  A la suite de Victor Hugo qui disait : « Celui qui ouvre une porte d'école ferme une prison. », il est temps de redonner à nos enfants les clés de leur avenir.